Aimer en saigner...
Par Nico le samedi 15 mars 2008, 23:47 - Pensées à partager - Lien permanent
Tout d'abord, je tiens à préciser que je ne me suis pas trouver de passion pour les vampires mais que ce billet parlera plutôt de l'enseignement... Mais ce n'est pas pour autant que le jeu de mots utilisé en tant que titre n'est là par hasard. Bien au contraire...
Ce samedi matin, je me suis rendu à la journée Portes Ouvertes de mon ancien lycée (c-a-d à Challans, lycée Truffaut) pour une petite visite de courtoisie envers mes anciens professeurs. Et ça m'a fait grand bien. Ça m'a fait grand bien de revoir de bons pédagogues dans l'enseignement... Plus on avance dans les études et plus la pédagogie s'efface jusqu'à même pour certains professeurs (une majorité ?) disparaitre totalement...
Quand je suis à l'Université, je n'ai plus aucune envie de devenir professeur tout simplement car l'image qu'on me montre ne reflète plus ce que j'attends de mon futur métier. Je ne veux pas être un professeur qui pratique le "je m'en fout des étudiants", le "c'est moi qu'est toujours raison car j'ai mon doctorat", le "j'avance avec les plus rapides, les autres travailleront chez eux" ou encore le "je fais le strict minimum et les étudiants se débrouillent"... Oh que non, je ne veux pas ressembler à ce genre de professeur qui ont certainement oublié le sens premier de leur métier...
Quand je remets les pieds dans mon ancien lycée, j'arrive à me remettre dans la peau de professeur. Je veux leur ressembler. Ce ne sont pas des professeurs parfaits mais ils ont ce qu'il faut pour être de bons profs. La preuve en est que certains étudiants retournent passer le bonjour deux années plus tard... Et parfois, j'en arrive à regretter l'époque du lycée... Elle était belle l'époque du lycée......
Les professeurs n'ont pas changé... Ils n'ont pas perdu leur grand sourire et à en parler avec leurs nouveaux élèves, ils sont restés de bons profs, simples et généreux. On voit dans la manière d'accueillir leurs probables futurs élèves qu'ils ont choisi le métier qui leur correspondait... Et on voit à la façon dont ils nous accueillent deux ans plus tard à quel point ils sont fiers d'avoir été là pour former l'espace d'une année la personne que l'on est devenu...
J'ai fais le tour de toutes les matières en passant par le pays des mathématiques (l'antre de mes anciens professeurs chouchous) où j'ai refait des scènes cultes des ch'tis avec le prof, la physique/chimie, les langues étrangères, la philosophie où j'ai revu celle qui parlait plus vite que son ombre, l'histoire-geo avec ses profs emblématiques, les sciences de l'ingénieur, le sport et autres... Que de bons souvenirs ! Ce qui est assez drôle c'est de remarquer la première image qui vient à l'esprit des professeurs qui ne nous ont pas vu depuis un bout de temps... On voit la trace qu'on a laissé en leur esprit. Moi, je suis le faux matheux (car je ne fais pas que ça), travailleur et assidu, qui sourit tout le temps avec en bonus le fait que je sois papa de Doona. C'est sans doute moi...
Lors de mon passage au stand d'histoire, j'ai eu l'occasion de discuter avec mes anciens profs comme pour toutes les autres matières, mais la prof a prononcé quelques mots qui se sont inscrits dans mon esprit, tellement j'ai trouvé ça vrai. Elle a dit "Je fais un métier génial. Parfois, c'est dûr. Il y a des jours où on voudrait changer de métier comme tout le monde mais le lendemain la crise est passée. Mais j'aime enseigner !". Moi j'ai tout de suite fait le rapprochement avec l'homonyme "en saigner" et j'ai trouvé ce rapprochement doublement fondé...
C'est vrai qu'on doit arriver à s'en saigner parfois d'enseigner... Se plier en trente-six pour être en phase avec tous, dans la classe... Hausser le ton pour calmer un peu la troupe sans créer une ambiance de mort... Ou mettre toute son énergie à expliquer un concept pendant une heure jusqu'à ce que tout le monde comprenne... Oui, on en saigne mais au moins on enseigne bien... Et je pense que les élèves le rendent bien. Quand ils partent avec le regret de ne pas pouvoir rester, quand ils reviennent pour passer un petit coucou ou quand ils présentent le prof comme le meilleur du lycée...
Au moment de partir, j'ai revu au loin mon ancien prof de sport. Je n'aimais pas sport. J'étais mauvais en sport. Cercle vicieux. Mais ce prof m'avait motivé en allant au delà des notes sur la bonne pratique. Quand il m'a vu arrivé, il a d'abord été surpris puis content de me voir. Et il m'a rappelé ce que j'avais fait en partant du lycée... J'avais distribué des diplômes pour remercier les profs et j'en avais profité pour pointer du doigt les qualités de chacun ou les petits défaut... J'étais parti du principe que vu qu'on ne pouvait pas critiquer les mauvais profs, je pourrai récompenser les bons, et j'ai ainsi pu distribué le diplôme de la flemmingite, du passionné, du papa poule, etc.... Et il m'informe que parfois il relit le sien et cela le motive à continuer son boulot...
L'année prochaine, ce sera pour lui l'heure de la retraite et une "nouvelle" vie qui commencera... L'heure où il aura finit d'en saigner pour ses élèves, l'heure où il laissera quelques larmes de ne plus pouvoir enseigner... L'heure où parfois il réouvrira ses cahiers fraîchement gardés pour revoir ses anciens élèves, ce qu'ils ont laissé en partant et peut être il lira mon diplôme... Et il pourra se dire, perdu dans ses bons et chaleureux souvenirs, qu'il aura fait un boulot formidable...
On a la critique facile envers les mauvais profs ou même ceux que l'on apprécie pas... Et on oublie souvent tous ceux qui nous ont donné l'envie de devenir enseignant... Il y en a toujours au moins un. Prenons les mauvais comme les exemples à ne pas suivre et tentons d'être à l'image de ceux que nous aimions. Ne perdons pas l'envie d'enseigner à cause d'incompétents qui dans le fond n'ont certainement jamais compris ce qu'était l'enseignement... Un bon prof se voit à la relation qu'il entretient avec ses élèves.
Sans cette relation étroite entre prof et élèves (ce que j'appelle pédagogie) je ne vois pas de mérite à enseigner... La pédagogie ça ne s'apprend pas en cours mais on doit certainement avoir ça dans la peau quand on fait le métier pour ses élèves... La pédagogie ça doit s'apprendre dès le tout jeune âge en repérant ce qu'on a aimé des profs et ce qu'on a critiqué. Tout cela forme notre propre pédagogie. Dont d'autres élèves s'inspireront plus tard pour former celle qui leur sera propre, se prenant de passion pour le métier...
Et un jour, ils en saigneront... et ils aimeront ça...
Ce billet est écrit en pensant à tous les bons profs de Truffaut que je ne citerai pas car la liste est longue... Je n'ai pas vu certains profs à qui je passe donc le coucou dans ce billet et à tous je dis à bientôt... Je reviendrai un jour... Je reviendrai !



Commentaires
Je partage tout a fait ton analyse même si je pense qu'à la fac les profs ne sont plus là pour faire de la pédagogie mais essayer de nous en mettre le plus possible ds le crâne en un minimum de temps. C'est exactement pour ça que je ne veux surtout pas faire prof à la fac car je ne vois pa le métier de prof comme ça.
Ce métier je veux le faire depuis mon entrée au collège et comme tu le dis tous les profs st des exemples: m'en inspirer s'ils sont bons ou se dire si je deviens comme lui j'arrête!
Le lycée c'était la belle vie et grâce à ts mes profs de terminale cette année restera comme la meilleure de ma vie en tant qu'élève ou étudiante (désolée au groupe 20 ms la TSA est + forte lol)
Moi c'est depuis tout petit que je veux enseigner... Cela a commencé par vouloir devenir maître, puis prof au collège et enfin prof au lycée au fur et à mesure que je montais dans les différents stades de l'enseignement...
Pourtant ça s'est arrêté à prof de lycée parce que la fac, ce n'est pas non plus ce que je cherche... C'est là qu'on voit le précipice qu'il y a entre le lycée et l'Université...
J'ai déménagé à maintes reprises et pourtant je suis encore en contact avec des profs de collège... Et je me rappelle de tous les profs qui m'ont transmit l'envie de faire ce métier (jusqu'à la primaire) ; c'est comme si ils étaient tous derrière moi à me pousser pour que j'aille au bout !
Mais où étais-je, Nico, quand tu es passé au lycée, pour qu'on ne se voie pas ? J'y étais pourtant, et j'ai fait comme tu le dis, de grand sourires à ces futurs élèves et d'autres aux anciens qui passent nous dire bonjour pour notre plus grand plaisir. On se reverra une autre fois, ce n'est pas un problème.
En tout cas, je viens de lire avec bonheur et émotion ce que tu dis des profs... Et sans vouloir me vanter, j'espère faire partie de la catégorie dont tu dis qu'ils aiment enseigner et qu'ils le font bien. Te lire est un vrai réconfort, parce que nous nous sentons souvent de grands incompris ! Je n'irais pas jusqu'à dire que nous en saignons, de ce métier, mais qu'est-ce qu'il nous prend comme temps, comme énergie, jusqu'à la moelle ! Heureusement il nous donne aussi beaucoup. Tu as raison, nous sommes heureux et fiers de revoir nos anciens élèves, nous ne les oublions pas, et chacun d'eux rappelle des souvenirs agréables. Pour ma part ce sont toujours les bons souvenirs que je garde, les moins bons s'effacent vite. C'est grâce à cette relation avec les élèves qu'on a l'impression de bien faire notre travail, même si les inspecteurs n'appellent pas ça de la pédagogie. Ils sont souvent bien plus exigeants, eux, et arrivent à nous faire douter de nos compétences avec leurs théories qu'ils n'ont jamais eu à mettre en pratique sur le terrain. Alors même si je ne souhaite pas révolutionner la notation des profs (je crois que les élèves sont trop impliqués personnellement pour pouvoir juger ou évaluer objectivement les compétences de leurs profs) ça fait bien plaisir de lire des billets comme le tien. Merci pour ce petit moment de douceur, qui, je l'espère, te sera un jour rendue par tes futurs élèves !
Bye !
Il y avait grand monde quand je suis allé vers les salles d'anglais et j'ai du vous louper parmi les gens (ou me tromper de salle) avant d'aller voir ailleurs (salle des profs, cdi, etc) et les autres profs... Ensuite, le temps m'a rattrapé.... et il était déjà l'heure pour moi de partir...
Sinon, vous faîtes bien partie de la dite catégorie des bons profs... Je n'ai pas à me plaindre des profs de Truffaut... Vous avez tous un côté attachant même si certains le cachent par peur de paraître "faible"... Je pense qu'ils se reconnaitront...
Merci pour le compliment et à bientôt,
PS : Je repasserai sûrement avant les vacances d'été...
Salut tout le monde!!
Ce n'est pas souvent que je participe à un débat ici mais j'en profite quand même.
Cela me vexe que tu penses que les professeurs à l'Université sont tous comme tu les décris et je ne le pense pas. Moi-même, comme tu le sais, je souhaite devenir prof à la fac et moi aussi, j'ai envie d'avoir une pédagogie et d'enseigner (sans en saigner) les maths à mes étudiants sans pour autant me dire "qu'ils aillent se faire foutre". J'ai cotoyé de bons professeurs à la fac (je pense que tu en connais aussi) et j'ai cotoyé des enfoirés au collège ou au lycée.
Enfin bon, tout ceci pour dire qu'il faut arrêter avec ce genre de stéréotype et penser que le métier d'enseignant-chercheur et de prof du secondaire est différent au moins dans le fait qu'un enseignant-chercheur n'a pas a joué au flic avec ses étudiants.
Mais je comprends ce que tu penses du métier de prof dans le secondaire puisque j'ai la chance en fin d'année, depuis l'année dernière, de retourner dans mon ancien collège donner des cours de soutien aux 3ème où l'on ne me considère plus comme un ancien élève mais plutôt comme un "collègue" et c'est super intéressant de parler de pédagogie avec mes anciens profs de maths et de se retrouver dans une classe avec ces élèves en difficulté (même si tout ce que j'ai vu l'année dernière ne m'a pas rassuré sur l'avenir de ces jeunes, mais c'est une autre histoire...).
Pour terminer, je ne pense pas qu'il faille blâmer TOUS les enseignants-chercheurs et mettre sur un piédestal TOUS les profs du secondaires, il y en a des "bons" et des "mauvais" des deux côtés et comme partout!!
Je sais qu'il y a des exceptions et je n'ai pas mit tout le monde dans le même sac... "Plus on avance dans les études et plus la pédagogie s'efface jusqu'à même pour certains professeurs (une majorité ?) disparaitre totalement...".
Cependant, comme l'a dit Gwladys, ce n'est pas non plus pareil. Les profs à l'Université c'est différent. En étant prof en amphi, tu ne peux pas t'occuper des problèmes familiaux que pourrait avoir l'élève si tu remarquais des notes en montagne russe... Je ne crois pas qu'il y ait encore le côté du prof "grand-père", celui qui est là aussi pour aider les élèves...
Après c'est chacun sa vision de l'enseignement... Moi je sais juste que je me sentirai mal à enseigner à l'Université... Mais ce n'était pas une critique pour toi ou une généralité...
A bientôt !
PS: Révisez bien la proba !