Donner de soi.
Par Nicolas le dimanche 23 mars 2008, 09h40 - Confidences publiques - Lien permanent

Vous pourriez vous attendre à une (nouvelle) leçon de morale de ma part au sujet du don d'organes cette fois-ci alors que pourtant je pense que c'est moi qui devrait la recevoir...
Bien entendu, je ne suis pas contre le don d'organes. Je trouve même que c'est une œuvre totalement louable qui représente le don dans toute sa beauté... On ne donne pas ses organes à la légère ne sachant plus quoi en faire car on est plus riche que les autres.... Dans le don d'organes, la seule richesse que certains peuvent avoir en plus est celle du cœur ; aucun ne peut donner ses organes plus facilement qu'autrui (quand c'est possible bien sûr).
Parfois, je suis même prêt à demander ma carte de donneur (ici pour ceux qui veulent le faire) ; je remplis quelques informations puis j'abandonne l'idée me disant que je ne peux pas... Je n'arrive pas à me persuader que le fait d'être allégé en organes vitaux à ma mort ne me sera pas problématique... Ce sont quand même des parties du corps dans lequel j'aurais vécu sur Terre...
Je n'ai aucun problème à me donner sang pour sang pour une cause caritative mais donner une partie de 'moi', j'ai du mal. Pourtant, je ne pense pas que ce soit par égoïsme, mais plutôt par peur... C'est vrai, on ne sait pas ce qu'il y a après la mort... Vous imaginez voir votre cœur transplanté dans le corps d'un assassin ou simplement d'un ancien ennemi... Vous ne regretteriez pas d'avoir donné ?
Sans problème, je donnerai un organe de mon vivant à un proche. J'entends par là ma chérie, ma famille et certains amis qui comptent beaucoup pour moi. La vie de mes proches passe avant mon attachement pour mes organes. Et pour ma chérie, je mettrai ma vie en second plan par rapport à la sienne, c'est-à-dire que je préfèrerai la sauver en risquant de mourir que de la voir mourir en ne risquant rien... Ma vie passe après la sienne dans mon esprit.
En ce qui concerne les dons posthumes, tout est différent... Il y en a qui refusent simplement qu'on leur prenne les yeux et bien moi, j'ai cette répulsion pour chacun de mes organes. Je n'ai pas vraiment envie de me faire ouvrir le ventre après ma mort même si je sais à quel point cela peut aider. J'ai cette idée dans la tête qui me dit que je ne peux pas, et cette autre qui me dit qu'il faudrait.
Aussi, je dois équilibrer la balance car je ne sais même pas si j'accepterais une greffe. N'est-ce pas l'heure de partir quand le corps ne suit plus ? Je dis ça mais je ne sais pas dans quelle circonstances je serai. Mais attendre une greffe entre la vie et la mort des mois alors que le temps est compté, ça doit être dur. Vivre avec une partie de quelqu'un d'autre et savoir que notre vie ne tient qu'à cette partie, ça doit aussi être dur... Après, il y a ceux que vous aimez qui changent la donne. L'envie de rester avec eux doit surmonter toutes les difficultés.
Comme j'en ai l'habitude, j'ai fait quelques recherches sur le sujet en écrivant l'article... J'ai ainsi lu qu'en France, deux cents personnes meurent chaque année d'avoir trop attendu une greffe, que toutes les religions se sont prononcés en faveur du don d'organes (ça, je ne le savais pas), que nos organes peuvent sauver plus de sept vies (nos deux poumons allant à deux patients, le coeur pour un troisième, le foie pouvant être partagé entre deux autres, les deux reins allant à deux autres patients ainsi que le pancréas et les intestins pour deux autres malades). Sept patients qui peuvent avoir besoin de nous, ce n'est quand même pas négligeable.
Dans le fond, si je ne donne pas mes organes, soit ils seront mangés par les vers et autres petits organismes sous-terriens (vive la chaîne alimentaire bouclée ^^), soit ils seront trop cuits dans un barbecue géant pour qu'il n'en reste que des cendres... C'est que ça ne doit pas porter préjudice que de s'en séparer...
Je ne sais par quel miracle depuis le début de l'article jusqu'à ces lignes, je me suis métamorphosé. Je suis retourné sur le site de la fondation Greffe de Vie, et j'ai réussi à demander ma carte de donneur sans pas en arrière... Comme quoi, parfois, le simple fait de parler d'un problème peut le résoudre sans qu'on s'en rende compte. Je ne dis pas que j'ai réussi à m'enlever de l'esprit toutes mes appréhensions, mais j'ai quand même commandé cette carte... Pour les autres, le temps les atténuera sûrement du bon ou du mauvais côté...
Comme moi, je suis sûr que vous ne prenez pas le don de la Vie à la légère... C'est quand même le don ultime que nous pouvons faire en tant qu'humain sur Terre. La dernière emprunte que nous laisserons sur le sol. Le derniers recours de certains malades. C'est en fait la meilleure façon de prendre sa revanche contre la mort que d'y aller seul plutôt qu'à huit (en comptant ceux qu'on aurait pu sauver)... Mon choix n'est pas définitif mais ce ne sera pas à mes proches de le faire. Il faudra simplement regarder dans mon porte-feuille s'il y a la fameuse carte de donneur (en prenant les quelques euros au passage). Si tel est le cas alors ils auront le feu vert.
Je n'ai pas peur de mourir mais j'ai peur de mal mourir...
Commentaires
C'est trés profond comme texte, bravo.
Moi c'est presque comme toi, je ne donnerai pas de mon vivant à quelqu'un que je ne connais pas, mais par contre vous pourrez me saucissonnez quand je serai mort :D